Ego et prise de décisions en plongée
Introduction
Pour faire suite à notre précèdent article concernant les biais cognitifs en plongée, nous abordons cette fois, l’influence de l’ego et les facteurs humains dans la prise de décisions au sein de notre activité. C’est aspect est souvent sous-estimé, alors qu’il peut jouer un rôle déterminant dans la survenue d’incidents ou d’accidents comme nous allons le voir.
En préalable, et selon le (Dictionnaire Français) , nous définirons la notion d’égo comme
la représentation que tout individu à de lui-même.
Ego et décisions en plongée
Nos travaux nous ont conduit à croiser de nombreuses publications sur le sujet et l’on retrouve 5 mécanismes majeurs et leurs conséquences
Un égo élevé (sur confiance en soi)
- Une prise de risque accrue ;
- Le contournement des règles ;
Un égo menacé (image, statut)
- Le refus d’aide ;
- De décisions irrationnelles pour “sauver la face” ;
- Le refus de reconnaître une erreur ;
Un égo épuisé (fatigue mentale)
- La baisse du contrôle ;
- Des décisions impulsives ;
Un égo centré sur soi
- La minimisation des risques pour autrui ;
- Des décisions moins prudentes ;
Un égo social (statut)
- L’inhibition de la communication ;
Application en plongée
Concernant l’application à la plongée : l’ego du plongeur. Voyons quelques formes concrètes que l’on peut croiser…
L’ego ne ressemble pas forcément à de l’arrogance visible, il apparaît plutôt comme :
- « Je suis certifié, je gère » ;
- Le refus d’annuler une plongée ;
- La pression sociale « les autres y vont, moi j’y vais » ;
- L’envie de prouver son niveau ;
- Continuer une plongée alors que les conditions se dégradent (courant, visibilité, froid, etc) ;
- Minimiser la météo, la fatigue, un problème d’équipement ;
- L’impression de maîtrise parce que « tout s’est toujours bien passé » ;
- C’était une belle plongée, ça s’est bien passé « heureusement que j’étais là… » ;
- Les incidents : « c’est à cause du matériel, des conditions, ce n’est pas ma faute ! » ;
- Ignorer un binôme ou un guide ;
- La prise de « pouvoir » (leader) au sein d’une palanquée en autonomie ;
- Un égo involontaire soutenu et valorisé par des plongeurs de niveaux inférieurs ;
- Un égo « surdimensionné » (narcissisme) est parfois plus clairement identifié :
- Certains cours de plongée qui se rapprochent plus d’un « one man show » que d’un réel apprentissage centré sur l’élève ;
- Évoquer son expérience, ses diplômes au lieu de s’intéresser aux plongeurs que l’on va former ou encadrer ; En filigrane : « J’ai forcément raison : je suis diplômé et reconnu compétent par l’organisme certificateur »
- Des postures de « sachant » clairement affichées, aux noms des diplômes, qualifications ou autres titres acquis ;
- Des jugements de valeurs sur les autres plongeuses et plongeurs ;
- Des combats d’égo au sein d’un club entre moniteurs ou plongeurs ;
- -…
Ego et biais cognitifs
Les publications les plus récentes complètent le cadre scientifique en montrant que l’ego agit comme un amplificateur des biais cognitifs (voir notre précédente publication sur le sujet) et qu’il influence :
- La perception du risque ;
- La prise de décision ;
La gestion de l’erreur ;
- Le renforcement des biais cognitifs ;
Les recherches les plus connues comme celles de la catastrophe de Tchernobyl, l’explosion de la navette Challenger, ou des accidents industriels et aéronautiques résultent souvent d’une interaction entre :
- Les biais cognitifs ;
- L’ego individuel ;
- Le contexte organisationnel ;
Nous pouvons donc émettre l’hypothèse que les pièges liés à l’égo puissent être sources d’incidents ou d’accidents également dans notre activité.
Conclusion
L’analyse structurée des retours d’expérience des accidents industriels majeurs, B.T.P., mines, transports aériens, nous apportent une forte crédibilité empirique. L’ego peut être un moteur (confiance, motivation), mais en milieu à risque, il devient dangereux s’il prend le dessus sur la prudence et la coopération. Un travail de recherche en plongée avec une approche scientifique, ne semble pas ou peu exploité et médiatisé à notre connaissance. En conséquence, démontrer « directement » dans notre discipline l’importance et l’impact de l’égo est pour l’instant « opaque ».
Dans notre publication « Apprendre de son expérience : une culture à développer », nous avons évoqué l’importance de ce travail qui « pourrait » conduire à des solutions, concernant la mise en évidence de la problématique évoquée dans cet article. Nous pourrions aboutir à des comportements et des postures préventives opérationnelles. En attendant, nous sommes donc obligés (ou pas), de nous référer aux travaux généralistes cités dans ce texte, et de les transférer à notre activité.
La clé n’est pas de “supprimer l’ego”, car il peut être un levier de performance, mais de le canaliser grâce à une culture organisationnelle.
Les comportements dangereux ne proviennent pas seulement d’un manque de volonté ou de compétence, mais souvent d’une altération temporaire des capacités cognitives et émotionnelles qui structurent la décision.
Bibliographie
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Ego et biais cognitifs dans le cockpit : comprendre et gérer ces Facteurs Humains critiques en aviation. (lien)





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