Facteurs du stress de décompression
Par Richard Mas
Comme chacun le sait, les algorithmes de décompression fournissent des indications utiles sur l’absorption et l’élimination des gaz inertes : ils prédisent surtout la saturation des tissus mais… pas forcément la réaction biologique du corps !
La formation de bulles et la sécurité globale, sont influencées par de nombreux autres facteurs. Un plongeur attentif peut modifier le niveau de risque d’une plongée en tenant compte de ces variables. Cela est essentiel, car malgré les ordinateurs modernes, les accidents de désaturation continuent de se produire. Il est important que les plongeurs comprennent l’impact « dynamique » des éléments pouvant augmenter ou diminuer le risque, afin d’adapter leur comportement en conséquence.
Le Pr. Neal W. Pollock aborde les variables pouvant affecter le stress de décompression qui peuvent être regroupées selon lui en quatre grandes catégories :
- Le profil de plongée ;
- Le profil d’exercice physique ;
- Le profil thermique ;
- Les facteurs de prédisposition.
Comprendre ces facteurs aide les plongeurs à mieux gérer les risques liés à la décompression.
Profil de plongée
Le profil de plongée est le facteur ayant la plus grande influence sur le niveau d’accident.
Tous les autres facteurs peuvent influencer la sécurité de la décompression, mais sans un profil générant un « stress de décompression » significatif, un accident de désaturation ne se produira pas.
Le profil profondeur-temps est essentiel et inclut notamment :
- Le temps passé à chaque profondeur ;
- La vitesse de remontée ;
- La profondeur des paliers ;
- La durée des paliers ;
- Le ou les gaz respirés ;
- Les intervalles entre les plongées.
Des effets plus subtils peuvent aussi être créés par la densité de l’eau (douce ou salée) et la pression atmosphérique en surface.
Les variables du profil de plongée sont les plus faciles à mesurer, ce qui explique pourquoi elles sont largement intégrées dans les algorithmes des ordinateurs de plongée.
Exercice physique
Le profil d’exercice d’une plongée comprend trois facteurs principaux :
- Le type d’exercice ;
- Le moment où il est réalisé par rapport à la plongée ;
- L’intensité de l’effort.
Effort pendant la descente et le fond
Un exercice pendant la descente et au fond :
- Augmente la circulation sanguine ;
- Augmente l’absorption de gaz inertes ;
Cela augmente le risque d’accident.
Effort pendant la remontée et les paliers
Un effort léger à modéré pendant la remontée et les paliers :
- Améliore la circulation ;
- Favorise l’élimination du gaz inerte.
Cela peut donc réduire le risque d’accident.
Effort trop intense
Cependant, un effort plus intense, surtout avec de fortes contraintes sur les articulations peut :
- Favoriser la formation de bulles ;
- Augmenter le risque d’accident.
Les exigences physiques de la plongée dépendent aussi :
- Des conditions de plongée ;
- Du niveau de compétence du plongeur ;
- De la configuration de son équipement.
Par exemple, un plongeur bien équilibré et stabilisé et avec un équipement bien configuré travaille beaucoup moins qu’un plongeur mal préparé.
Mesure de l’intensité de l’exercice
Il est difficile de mesurer l’intensité de l’exercice pour l’intégrer dans les algorithmes de décompression.
Certains indicateurs pourraient être utilisés :
- La fréquence cardiaque ;
- La fréquence respiratoire ;
- Les échanges ventilatoires ;
Mais ces mesures peuvent aussi être influencées par :
- L’excitation ;
- Le stress ;
- Le manque de compétences techniques.
Profil thermique (température et désaturation)
L’état thermique du plongeur peut exercer une influence importante sur le statut de déco. Plusieurs études ont montré cet effet.
Par exemple :
- Des plongeurs maintenus au chaud pendant toute la plongée ont montré plus de bulles détectées après la plongée.
- Dans certaines opérations en mer du Nord, les plongeurs utilisant des combinaisons chauffées à l’eau chaude présentaient plus de cas d’accident de décompression que ceux utilisant des combinaisons étanches isolées.
Une autre étude a montré que le refroidissement après la plongée peut prolonger la période de risque d’apparition de symptômes d’accident de désaturation.
Une étude de la marine américaine montre qu’avoir froid au fond et plus chaud pendant la remontée semble réduire fortement le risque.
Facteurs de prédisposition
Cette catégorie regroupe de nombreux facteurs personnels pouvant les risques.
L’impact de chacun peut aller de négligeable à important selon le plongeur ou la plongée.
Hydratation
Maintenir une bonne hydratation est important pour la santé et la sécurité en plongée.
Certaines recherches montrent que la déshydratation peut augmenter le risque d’accident de désaturation.
Cependant :
- Une hydratation excessive peut aussi être dangereuse ;
- Elle peut favoriser l’œdème pulmonaire d’immersion.
Condition physique
Les plongeurs doivent avoir une condition physique suffisante pour répondre aux exigences normales de la plongée.
Des études montrent que :
- Les personnes physiquement entraînées produisent moins de bulles après décompression ;
- Une meilleure capacité aérobie est associée à un risque plus faible d’accident.
Antécédents d’accident de désaturation
Un plongeur ayant déjà eu un accident de décompression peut présenter :
- Une prédisposition physiologique ;
- Ou des comportements à risque.
Cependant, certains plongeurs modifient leurs pratiques après un accident et réduisent fortement leur risque futur.
Âge
L’âge peut influencer le risque, mais il est difficile de distinguer l’effet de :
- La baisse de condition physique ;
- Les changements de santé ;
- Les changements de pratique.
Certaines études montrent que la formation de bulles augmente avec l’âge.
Sexe
Les recherches en plongée ne montrent pas de différence claire entre hommes et femmes concernant le risque d’accident de désaturation.
Certaines données suggèrent toutefois que le risque pourrait varier légèrement au cours du cycle menstruel.
Foramen ovale perméable
Il peut permettre à des bulles de passer directement dans la circulation artérielle sans être filtrées par les poumons.
Points importants :
- Environ 25 % de la population possède un FOP.
- La taille de l’ouverture est déterminante.




