Plongeur d’un Jour, Moniteur de toujours
Introduction : le moniteur qui savait tout
Lors de mes débuts en plongée trônait un moniteur très singulier. Il se distinguait par sa prétention démesurée, persuadé qu’il était meilleur que ses propres moniteurs. Il se considérait comme un pédagogue incarné voire l’incarnation de la perfection éducative. Il disait dans son cercle qu’il n’avait rien à apprendre et que tout ce qui se trouvait sur son écran était la quiddité essentielle de sa connaissance. Pour lui le savoir et la compétence en plongée théorique et pratique étaient un territoire où il régnait en maître absolu.
Le refus d’apprendre
Ses collègues moniteurs et ses élèves tentaient désespérément de lui montrer de nouvelles perspectives, ils l’invitaient à s’ouvrir à de nouvelles techniques d’enseignement ou de plongée, mais en vain. Il était convaincu que tout ce qui n’était pas déjà enregistré dans son registre de connaissance était insignifiant. À chaque fois il refusait les invitations d’enrichissement et il les accueillait par un sourire condescendant suivi d’un discours arrogant sur sa propre grandeur pédagogique.
La stagnation : une illustration de l’effet Dunning-Kruger
Le temps passait et le moniteur ne cessait de stagner tandis que ses collègues ne cessaient de progresser et d’évoluer en apprenant de nouvelles techniques en s’adaptant aux besoins changeants de la salle de classe et de la Gen Z. Lui restait figé dans son arrogance en refusant obstinément de se mettre à jour en étant convaincu que cela lui était inutile (Dunning & Kruger, 1999 ; Tabbakh, 2024).
Des élèves qui avancent, un moniteur qui recule
Plus les élèves avançaient dans les niveaux supérieurs en plongée, plus ils devenaient avides de connaissances, ils regardaient avec perplexité la stagnation de ce moniteur imbu de sa personne qui ne répondait plus à leurs besoins. Ils étaient convaincus que l’apprentissage était un voyage sans fin, mais avec ce moniteur le voyage risquait d’être court.
L’isolement et l’oubli
Pour résumer, ce moniteur se trouva de plus en plus isolé. Les élèves se tournèrent vers d’autres moniteurs plus ouverts et à jour de leur connaissance et de leur pratique aussi et le super moniteur tomba dans l’oubliet l’incompétence.
La leçon : l’humilité, marque des meilleurs formateurs
Ce destin fatal aurait pu être évité s’il avait simplement admis que l’apprentissage est un processus continu, surtout accessible à tous. L’humilité et la volonté de se mettre à jour sont les véritables marques des meilleurs formateurs, et lui aurait pu en faire partie s’il avait adhéré au processus. Son arrogance l’a condamné à être oublié, mis de côté. Cela rappelle à tous que personne n’est véritablement « The Best » s’il ne cherche pas constamment à s’améliorer et à partager son savoir.

Le monitorat, un acquis à vie ?
Une fois certifié moniteur, c’est un peu comme le permis de conduire ; une fois l’examen réussi, les prérogatives sont conservées à vie, sauf un éventuel avis médical contre-indiquant la pratique de la plongée sous-marine. Avec un certificat médical et une licence renouvelée au niveau fédéral (un sésame), n’importe quel instructeur peut former au niveau le plus élevé de ses prérogatives, même après plusieurs années d’inactivité. Cette perspective peut sembler acceptable pour certaines fédérations, mais elle soulève des questions importantes.
L’obsolescence des compétences
Le problème réside dans le fait qu’il n’y a aucune obligation légale pour un moniteur de plongée de se maintenir à niveau et de continuer à se former régulièrement sauf dans certaines fédérations internationales et des agences internationales de certifications. Cependant, il existe a minima une obligation morale. Pourquoi est-ce si crucial ? Imaginez un moniteur qui ne se remet jamais en question, qui fait une longue pause dans son activité et perd ainsi une partie de ses compétences et des bénéfices de son expérience. Lorsqu’il reprend l’encadrement, il ne sera soumis à aucun autre contrôle que celui de son club ou de sa fédération, la seule chose qui peut l’empêcher d’exercer est son inaptitude à la pratique de la plongée par son médecin.
La responsabilité des fédérations
Les fédérations nationales en tant qu’entité pourraient ne pas être en mesure d’évaluer les aptitudes de cet encadrant à encadrer ou à enseigner en toute sécurité après une longue période d’inactivité, même si cela relève de sa responsabilité en l’absence de texte clair définissant la formation continue de ses encadrants (collège technique, standards, texte de loi, ou recommandation interne…).
La solution : la formation continue obligatoire
Il est aujourd’hui indispensable de repenser en profondeur la formation des instructeurs de plongée. Au-delà des seules exigences réglementaires et du suivi médical, l’avenir du secteur repose sur l’instauration d’une formation continue obligatoire.
Conclusion : former plutôt que formater
Le formateur de demain ne doit plus être un simple transmetteur de consignes ou un « cocheur de cases » sur des ardoises. Son rôle est de créer un environnement stimulant qui incite ses élèves à développer leurs propres compétences pédagogiques, théorique et pratique. Il s’agit d’apprendre à former avec discernement, et non de formater par automatisme « j’ai appris à la dure, alors je forme à la dure ». On connait les limites de cette formation et là où elle conduit. Lorsqu’un candidat finit au caisson, il n’est pas le seul responsable ; son enseignement et ses enseignants ont une partie de responsabilité.
Bibliographie
Dunning, D., & Kruger, J. (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one’s own incompetence lead to inflated self-assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121–1134. (lien)
Tabbakh, M. M. (2024). L’effet Dunning-Kruger en plongée sous-marine : entre mythe et réalité. Amazon. ISBN 979-8-3448-7106-6. (lien)




