Hypertension artérielle et plongée sous-marine : aptitude, risques et recommandations médicales
Par Richard Mas, richardmas(at)orange.fr
Introduction
La plongée sous-marine expose l’organisme à des modifications physiologiques majeures liées à l’immersion, au froid, à l’augmentation de la pression ambiante, à l’effort physique et au stress psychologique. Ces facteurs induisent une augmentation de la charge cardiovasculaire susceptible d’être problématique chez les plongeurs hypertendus. Selon le réseau DAN (Divers Alert Network), l’HTA figure parmi les pathologies cardiovasculaires les plus fréquemment rencontrées chez les plongeurs. (Divers Alert Network)
L’évaluation de l’aptitude à la plongée doit donc prendre en compte non seulement les chiffres tensionnels, mais également les complications associées et la tolérance à l’effort.
Physiopathologie cardiovasculaire de la plongée
L’immersion provoque une redistribution du volume sanguin vers le thorax et le cœur, augmentant ainsi le retour veineux et la précharge cardiaque. Le froid entraîne une vasoconstriction périphérique, ce qui accroît les résistances vasculaires et élève la pression artérielle. À cela s’ajoutent les efforts physiques parfois importants et le stress émotionnel, responsables d’une augmentation des catécholamines circulantes. (DAN World)
Le résultat est une sollicitation accrue du système cardiovasculaire :
- Augmentation du travail cardiaque ;
- Élévation de la pression artérielle ;
- Augmentation de la consommation myocardique en oxygène ;
- Risque accru d’ischémie chez les sujets fragiles.
Chez un sujet sain, ces adaptations restent généralement bien tolérées. En revanche, chez un plongeur hypertendu ou porteur d’une maladie cardiovasculaire sous-jacente, elles peuvent favoriser des complications graves.
Hypertension et aptitude à la plongée
Les recommandations internationales considèrent qu’une HTA contrôlée et stable n’est pas une contre-indication absolue à la plongée. La valeur généralement admise pour une pratique sécurisée est 140/90 mmHg .
Une pression artérielle durablement supérieure à 160/100 mmHg est considérée comme un facteur de risque important et conduit généralement à déconseiller la plongée jusqu’à stabilisation médicale. (Divers Alert Network)
L’élément essentiel n’est toutefois pas uniquement la valeur tensionnelle, mais surtout l’existence éventuelle d’atteintes d’organes cibles :
- Cardiopathie hypertensive ;
- Insuffisance coronarienne ;
- Insuffisance rénale ;
- Atteinte vasculaire cérébrale ;
- Rétinopathie hypertensive.
La présence de telles complications peut représenter une contre-indication temporaire ou définitive à la plongée.
Risques spécifiques chez le plongeur hypertendu
Accidents cardiovasculaires
L’HTA augmente le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral (AVC), particulièrement lors d’efforts soutenus ou dans des conditions environnementales difficiles. Les accidents cardiovasculaires représentent une proportion significative des décès en plongée. (DAN World)
Œdème pulmonaire d’immersion
L’œdème pulmonaire d’immersion constitue une complication particulièrement redoutée chez les plongeurs hypertendus. Il résulte d’une augmentation excessive des pressions pulmonaires favorisée par :
- L’immersion ;
- Le froid ;
- L’effort ;
- L’hypertension mal contrôlée.
Cette complication peut survenir brutalement et provoquer une détresse respiratoire sévère sous l’eau. Plusieurs cas ont été rapportés chez des plongeurs présentant une HTA insuffisamment équilibrée. (DAN World)
Malaise et perte de connaissance
Les traitements antihypertenseurs peuvent également poser des problèmes en plongée. Certains médicaments peuvent entraîner :
- Une diminution de la tolérance à l’effort ;
- Des vertiges ;
- Une déshydratation ;
- Une hypotension orthostatique.
Ces effets secondaires peuvent favoriser un malaise sous l’eau, situation particulièrement dangereuse en environnement hyperbare. (Divers Alert Network)
Facteurs aggravants
Le risque cardiovasculaire en plongée augmente considérablement lorsqu’à l’HTA s’associent d’autres facteurs :
- Âge avancé ;
- Surpoids ;
- Sédentarité ;
- Tabagisme ;
- Stress ;
- Eau froide ;
- Mauvaise condition physique.
Le danger résulte souvent du cumul de plusieurs facteurs plutôt que de l’HTA isolée. (Divers Alert Network)
Évaluation médicale du plongeur hypertendu
L’évaluation médicale doit être réalisée par un médecin formé à la médecine de plongée. Elle comprend :
- Un examen cardiovasculaire complet ;
- Une mesure répétée de la pression artérielle ;
- Une évaluation de la capacité à l’effort ;
- Un dépistage des complications cardiaques, rénales et neurologiques ;
- Une analyse des traitements antihypertenseurs et de leurs effets secondaires.
Les sociétés spécialisées en médecine hyperbare et subaquatique recommandent un suivi régulier des plongeurs hypertendus. (Hirslanden)
Recommandations pratiques
Chez un plongeur hypertendu, plusieurs mesures permettent de réduire le risque :
- Maintenir une HTA bien contrôlée ;
- Respecter scrupuleusement le traitement médical ;
- Éviter les plongées engagées ou en eau froide ;
- Limiter les efforts importants ;
- Conserver une bonne hydratation ;
- Entretenir une condition physique adaptée ;
- Arrêter le tabac ;
- Réaliser un suivi médical régulier.
Une attention particulière doit être portée à toute apparition de symptômes tels que :
- Essoufflement inhabituel ;
- Douleur thoracique ;
- Céphalées importantes ;
- Vertiges ;
- Baisse de performance physique.
Conclusion
L’hypertension artérielle n’interdit pas systématiquement la plongée sous-marine. Une HTA bien équilibrée, sans atteinte d’organe cible et correctement suivie médicalement, permet généralement la poursuite de l’activité dans des conditions sécurisées. En revanche, une HTA non contrôlée ou associée à des complications cardiovasculaires, neurologiques ou rénales expose à des risques majeurs pouvant engager le pronostic vital.
L’aptitude à la plongée doit donc reposer sur une évaluation médicale individualisée, intégrant la condition physique générale et les éventuels facteurs de risque associés.




